Débraye ça fume ! (GOLA Olivier CFC)

Maitriser les subtilités du rappel débrayable sur demi-cabestan

La technique du rappel débrayable sur demi-cabestan plus noeud de mule fait partie des techniques de base incontournables dans la pratique de la descente de canyon. Elle est d’autant plus essentielle que ce montage est également utilisé pour réaliser d’autres techniques de descente ou d’assurances ainsi que de nombreux autres montages comme le maintien des cordes guides, des tyroliennes ou encore en secours pour le maintien des poulies largables par exemple.

Vous maitrisez sans doute la technique du rappel débrayable sur demi-cabestan et vous pensez qu’elle est simple à réaliser ? et bien pas tant que cela ! car Il existe plusieurs techniques différentes pour réaliser un rappel débrayable sur demi-cabestan et certains montages comportent un grand nombre de variantes susceptibles de réserver des surprises.


Petit rappel : le demi-cabestan et le noeud de mule

• Pour en savoir plus sur le demi-cabestan, le noeud de mule et le noeud simple, consultez le cahier N° 6 du mémento équipement accéder au cahier N°6

 


Le rappel débrayable sur demi-cabestan classique 

Dans les cas de figures les plus courants, pour réaliser un rappel débrayable sur demi-cabestan, on engage la corde de descente soit dans les deux points d’ancrage lorsqu’ils ne sont pas reliés (figure 1), soit dans le maillon de rappel de l’amarrage lorsque les ancrages sont reliés (figure 2 et 3). On fixe ensuite le mousqueton « poire » sur l’ancrage du bas ou le maillon de rappel pour réaliser le demi-cabestan.

Lorsqu’il n’est pas nécessaire de débrayer la corde de descente dans l’immédiat ou en continue , le demi-cabestan est bloqué par un noeud de mule (figure 3). En outre, la ganse du noeud de mule doit être sécurisée par un noeud simple, qui emprisonne la corde de descente (figure 1 et 2) pour éviter tout risque de débrayage intempestif par une tierce personne, notamment lorsque le cadre est susceptible de détourner son attention de l’atelier ou de s’absenter.

La corde de descente est donc maintenue soit par un ancrage principal placé en position basse, relié à un ancrage de secours positionné au-dessus pour les configurations en I, soit maintenue simultanément par deux ancrages qui se partagent la charge pour la configuration en V. En cas de rupture de l’ancrage principal la charge est immédiatement reprise par l’ancrage de secours sans risque de choc, et le dispositif reste opérationnel.

• Pour en savoir plus sur les différentes configurations d’amarrages et la prévention des risques de chocs, consultez le cahier N° 8 du mémento équipement accéder au cahier n8

 

 

Cependant, cette configuration présente un inconvénient : pour pouvoir fonctionner correctement, la corde forme une boucle appelée « boucle de débrayage » qu’il ne faut surtout pas lâcher lorsqu’on souhaite faire fonctionner ce noeud sous charge, car le brin qui alimente le demi-cabestan doit être orienté dans le meilleur des cas vers le bas. Pour ne pas prendre le risque de laisser échapper la boucle de débrayage, on peut se longer dedans.

 

Pourquoi ne faut’il pas perdre la boucle de débrayage ?

Si on lâche (par inadvertance) la boucle de débrayage lors d’une manoeuvre de débrayage sous charge, le brin de corde qui alimente le demi-cabestan change de position et passe au-dessus du noeud. Ca change tout ! car il y a un risque important que la corde, sous l’effet des trépidations,  s’enroule autour du mousqueton.

 

 

De plus, si comble de malchance, la corde s’enroule autour de la virole du mousqueton, qui plus est dans le sens du dévissage,  la corde peut très facilement dévisser la virole en raison des frottements, provoquant l’ouverture du doigt du mousqueton et, dans le pire des cas, la libération totalement de la corde en une fraction de seconde…entrainant la chute de l’équipier qui se trouve sur la corde (expérience vécue par l’auteur 1996).

La libération complète de la corde n’est pas systématique ; elle dépend de la manière dont a été fabriqué le noeud sur l’amarrage (orientation du mousqueton, cheminement de la corde et méthode de conception). Suivant le montage, la corde peut s’enrouler soit autour du corps du mousqueton, soit autour de la virole, dans un sens ou dans l’autre, mais également effectuer plusieurs enroulements autour du matériel en fonction de la méthode de confection; ce qui peut réduire un peu la gravité de la chute de l’équipier suspendu.

Si la plupart des pratiquants maitrisent la technique du rappel débrayable sur demi-cabestan, ce montage est moins simple qu’il n’y paraît, car il existe pas moins de dix façons de la réaliser et au final , ces montages, au premier coup d’oeil, se ressemblent beaucoup. (cliquez sur l’image pour voir les dix montages terminés en grand). Mince alors!

Voici le détail de chacun de ces montages avec pour les deux dernières vues de chaque série, ce qui se produit lorsqu’on perd la boucle de débrayage et que la corde s’enroule autour du mousqueton (cliquez sur l’image pour voir chaque planche en grand). Dans les montages 1, 3, 6 et 7 la corde s’enroule autour de la virole qui peut se dévisser. Dans les montages 2, 4 et 5, en cas de perte de la boucle de débrayage, la corde s’enroule autour du mousqueton mais les frottements de la corde sont conséquents et il est encore possible de freiner un peu la chute de l’équipier suspendu.

Au final, lorsqu’on utilise le rappel débrayable sur demi-cabestan dans sa version classique, il faut :

  • avoir conscience de l’existence du problème lié à la destruction potentielle du noeud en cas de lâcher de la boucle de débrayage avec un mousqueton à vis ;
  • prendre systématiquement la précaution de longer la boucle de débrayage pour ne pas risquer de la perdre ;
  • s’assurer que le montage qu’on utilise habituellement ne constitue pas un facteur aggravant (montages 1, 3, 6 et 7 pour lesquels la corde s’enroule autour de la virole dans le sens du dévissage).
  • On peut aussi utiliser un mousqueton à verrouillage automatique.

 


Le rappel débrayable sur demi cabestan décalé

Le rappel débrayable décalé permet de supprimer la boucle de débrayage en positionnant le demi-cabestan au-dessus du maillon de rappel. Cependant, cette solution présente plusieurs inconvénients :

  • l’ancrage principal se trouve au-dessus de l’ancrage de secours ; la rupture éventuelle de l’ancrage principal occasionne un choc.
  • en cas de rupture de l’ancrage principal, le montage se coince et n’est plus opérationnel.

Par ailleurs, cette solution n’est pas très pratique car bien souvent, il n’est pas commode de réaliser le noeud de mule et le noeud de sécurité parce que la corde est plaquée contre l’amarrage, coincée entre le mousqueton et le maillon de rappel.  Sur certains amarrages, il n’y a pas suffisamment de place pour réaliser le noeud de mule plus le noeud de sécurité.

 


Le rappel débrayable sur demi cabestan avec maillon de rappel intégré.

Pour éviter d’avoir à gérer la boucle de débrayage, il existe une autre solution simple qui consiste à fixer le mousqueton à côté du maillon de rappel lorsque cela est possible. Dès lors, le maillon de rappel se trouve à l’intérieur du noeud et la boucle de débraye n’existe plus. Ce montage est simple et idéal dans la mesure ou la configuration de l’amarrage s’y prête ce qui n’est pas toujours le cas. (cliquez sur chaque image pour les voir en grand).

Petit conseil : pour être sûr que le montage soit parfait (sans aucune vrille parasite) préparer le demi-cabestan sur le brin de descente avant de le fixer ensuite à côté du maillon de rappel.

Exemple avec un anneau de corde autour d’un amarrage naturel :

Autre exemple sur un répartiteur :

Autre exemple de rappel débrayable sur demi-cabestan intégré légèrement différents car le mousqueton n’est pas fixé au même niveau que le maillon de rappel :


En conclusion :

  • le rappel débrayable sur demi-cabestan classique est facile à réaliser et à utiliser; de plus il est réalisable sur n’importe quel type d’amarrage mais en contrepartie, il comporte une boucle de débrayage qu’il faut gérer.
  • le rappel débrayable sur demi-cabestan décalé évite d’avoir à gérer la  boucle de débrayage, mais il présente un risque de choc et de coincement en cas de rupture de l’ancrage principal et n’est pas commode à réaliser et à utiliser.
  • le rappel débrayable sur demi-cabestan avec maillon de rappel intégré évite d’avoir à gérer la boucle de débrayage, il est facile à réaliser et à utiliser mais on ne peut pas le réaliser sur tous types d’amarrage.

Pour vous entrainer, réaliser votre propre panneau d’amarrages portatif.

Comment réaliser un panneau d’amarrages portatif